Après plusieurs semaines de chaleur intense et de sécheresse liées à la canicule, le corps peut lui aussi donner l’impression d’avoir accumulé trop de feu.
Peau plus sensible ou réactive, sensation de chaleur, irritabilité, acidité digestive, sommeil perturbé, fatigue… Selon l’Ayurveda, certains de ces signes peuvent évoquer une accumulation de Pitta, le dosha associé notamment au feu et à la transformation.
Mais lorsque l’été touche à sa fin, une autre dynamique apparaît : la sécheresse augmente et Vata commence progressivement à prendre davantage de place.
Toute la subtilité de cette transition consiste alors à apaiser Pitta sans aggraver Vata.
Autrement dit : ne pas refroidir brutalement le corps, mais l’aider à retrouver progressivement plus de douceur, d’hydratation, d’onctuosité et de calme.
Comment apaiser Pitta après une période de forte chaleur ?
Pour apaiser Pitta en Ayurveda après un été chaud, privilégiez une alimentation cuite, douce, hydratante et légèrement onctueuse. Réduisez temporairement alcool, aliments très épicés, fermentés ou très salés. À l’approche de l’automne, évitez cependant l’excès de froid et de crudités : ils risqueraient d’augmenter Vata.
Pourquoi Pitta peut-il être en excès à la fin de l’été ?
En Ayurveda, nous observons le vivant à travers un ensemble de qualités.
Pitta possède notamment les qualités chaude, pénétrante, légèrement huileuse et mobile. Il intervient dans les processus de transformation de l’organisme, notamment la digestion et le métabolisme.
Lorsque l’environnement extérieur présente les mêmes qualités pendant plusieurs semaines, celles-ci peuvent progressivement s’accumuler dans l’organisme.
Après un été particulièrement chaud, caniculaire comme nous l’avons vécu, certaines personnes peuvent ainsi observer davantage de rougeurs, d’irritations cutanées, de sensations de chaleur, d’acidité digestive ou d’irritabilité.
Toutefois, il est nécessaire de comprendre qu’une canicule accompagnée de sécheresse ne sollicite pas uniquement Pitta.
La qualité sèche appartient particulièrement à Vata. À mesure que nous avançons vers l’automne, cette dimension devient de plus en plus importante : l’air se fait progressivement plus frais, le vent revient, la végétation s’assèche.
Nous nous trouvons donc à la rencontre de deux mouvements :
- Pitta demande encore à être apaisé, après l’été
- Et Vata commence déjà à avoir besoin d’être nourri.
C’est pourquoi une alimentation extrêmement froide, légère et crue n’est pas nécessairement la meilleure réponse.
Comment apaiser Pitta naturellement sans augmenter Vata ?
L’Ayurveda repose notamment sur un principe simple : les qualités semblables s’augmentent, les qualités opposées s’équilibrent.
Après un été chaud et sec, nous allons donc chercher à diminuer progressivement la chaleur tout en réintroduisant de l’humidité, de l’onctuosité et de la stabilité.
1. Adopter une alimentation Pitta douce et hydratante
Pour apaiser Pitta, les saveurs douce, amère et astringente sont traditionnellement privilégiées.
Mais à l’approche de l’automne, attention à ne pas abuser des aliments très amers, très légers ou très astringents : ils possèdent également des qualités susceptibles d’augmenter Vata.
Je conseille donc plutôt une cuisine simple, majoritairement cuite, hydratante et légèrement onctueuse.
N’hésitez pas à lire mon article sur les recettes ayurvédiques simples pour vous donner des idées !
On pourra par exemple privilégier :
- courgettes, fenouil, haricots verts, blettes ou carottes ;
- patate douce ;
- riz basmati et haricots mungo ;
- pommes et poires, notamment cuites si la digestion est fragile ;
- fruits doux de saison selon votre tolérance ;
- un peu de ghee ou d’huile d’olive.
L’idée est d’observer les qualités dont le corps a besoin sans tomber dans la rigidité.
Ainsi, après la sécheresse estivale, il demande souvent moins de stimulation et davantage de douceur et d’onctuosité.
2. Utiliser des épices qui accompagnent Pitta en douceur
Lorsque l’on parle d’épices en Ayurveda, on pense souvent immédiatement au gingembre, au poivre ou aux mélanges très aromatiques.
Cependant, toutes les épices n’ont pas la même action.
Après une période de forte chaleur, on peut se tourner davantage vers :
la coriandre, le fenouil, la cardamome et le cumin.
Ces épices permettent d’accompagner la digestion sans rechercher une stimulation très chauffante.
Une préparation extrêmement simple consiste à écraser légèrement quelques graines de fenouil et de coriandre, puis à les laisser infuser une dizaine de minutes dans de l’eau chaude. L’infusion peut ensuite être consommée tiède au cours de la journée.
À l’inverse, lorsque des signes de chaleur sont encore très présents, mieux vaut éviter momentanément l’excès de piment, de poivre, de moutarde ou de gingembre sec.
L’objectif reste toujours le même : soutenir Agni, le feu digestif, sans ajouter du feu au feu.
3. Rafraîchir Pitta sans refroidir Agni, le feu digestif
C’est probablement l’une des erreurs les plus fréquentes.
Lorsqu’il fait très chaud, nous avons naturellement envie de boissons glacées, de salades, de crudités et d’aliments directement sortis du réfrigérateur.
Pourtant, rafraîchir n’est pas la même chose que refroidir. Et cette nuance est très importante.
En Ayurveda, l’utilisation excessive du froid peut perturber Agni et devenir particulièrement problématique lorsque Vata commence parallèlement à augmenter.
À l’approche de l’automne, je préfère donc des boissons à température ambiante ou légèrement tièdes, des légumes cuits mais pas excessivement épicés et des repas simples pris dans le calme.
On conserve ainsi une alimentation rafraîchissante dans ses qualités, sans imposer un froid brutal au système digestif.
4. Diminuer ce qui entretient le feu
L’alimentation ne consiste pas uniquement à ajouter de « bons » aliments. Il est parfois plus efficace de diminuer pendant quelques semaines ce qui entretient les qualités que nous cherchons précisément à calmer.
Lorsque Pitta est élevé, il peut être intéressant de réduire :
l’alcool, les plats très épicés, le vinaigre, les aliments très fermentés, les fromages très affinés, les aliments excessivement salés ainsi que les excès de café.
Cela ne signifie pas nécessairement supprimer définitivement ces aliments.
L’Ayurveda cherche avant tout à répondre à une situation donnée, à un moment donné.
Ce qui convient parfaitement en plein hiver ne sera pas nécessairement adapté après plusieurs semaines de canicule.
5. Apaiser Pitta passe aussi par le système nerveux
Nous pensons souvent l’Ayurveda uniquement à travers l’alimentation. Pourtant, notre manière de vivre possède elle aussi des qualités.
L’intensité, la compétition, les emplois du temps surchargés, le besoin de tout contrôler ou de toujours faire davantage peuvent entretenir une dynamique de feu.
Lorsque Vata commence parallèlement à augmenter, l’agitation et l’irrégularité viennent encore solliciter davantage le système nerveux.
La transition vers l’automne peut donc devenir un moment privilégié pour réintroduire :
des horaires plus réguliers, des repas pris dans le calme, de la marche, des soirées moins stimulantes, un sommeil régulier et des temps de silence.
En yoga, on pourra favoriser une pratique fluide et intériorisée, guidée par le souffle : mouvements doux, flexions avant confortables, torsions, expirations progressivement allongées et travail autour de samāna vāyu, qui rassemble et ramène vers le centre.
Quelles erreurs éviter pour calmer un excès de Pitta ?
La première serait de vouloir refroidir trop fortement et trop rapidement : eau glacée, grandes quantités de crudités, alimentation très légère ou restriction alimentaire. Après un été sec, cela peut accentuer les qualités de Vata.
La seconde serait d’appliquer mécaniquement un « régime Pitta » trouvé sur Internet.
L’Ayurveda est une approche individualisée. Une même personne peut présenter simultanément différentes qualités : chaleur et sécheresse, par exemple. La réponse doit tenir compte de la constitution individuelle, de la saison, de la digestion, de l’âge et des déséquilibres présents.
Enfin, il est important de ne pas attribuer automatiquement un symptôme médical à un déséquilibre ayurvédique. Une inflammation, un trouble digestif ou une affection cutanée persistante nécessite, lorsque cela est indiqué, un avis médical.
Comment préparer son corps à l’automne selon l’Ayurveda ?
La fin de l’été est une période de transition.
Plutôt que de passer brutalement d’une alimentation estivale à une alimentation très chaude et très nourrissante, l’Ayurveda nous invite à observer ce qui se passe réellement autour de nous et en nous.
Après un été chaud et sec, trois intentions peuvent nous guider :
- Rafraîchir en douceur mais ne pas refroidir en excès.
- Nourrir son corps sans l’alourdir.
- Ralentir sans tomber dans l’immobilisme
Nous laissons ainsi progressivement retomber le feu de Pitta tout en préparant le corps et le système nerveux à l’arrivée de la saison Vata.
C’est précisément cette capacité d’adaptation aux saisons, au terrain individuel et aux changements de notre environnement qui fait toute la richesse de l’Ayurveda.
Besoin d’un accompagnement personnalisé ?
Les recommandations ayurvédiques ne devraient jamais être complètement standardisées. Constitution, digestion, sommeil, niveau de stress, saison et déséquilibres actuels sont autant d’éléments à prendre en compte.
Je propose des bilans et accompagnements ayurvédiques à Chambéry et La Ravoire, afin d’identifier votre constitution et vos déséquilibres du moment et de construire des recommandations adaptées à votre quotidien.
Marjorie Massonnat
Thérapeute ayurvédique & professeure de Viniyoga
Chambéry – La Ravoire